Profs in the City (la vérité sur l’IUFM)

IUFM Bienvenue ! © Profs Academy
L’IUFM, l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres, est un passage obligé pour tous ceux qui viennent de passer leur concours. Pendant un an, en même temps qu’ils assurent quelques cours, ils sont considérés comme « professeurs-stagiaires » et ont une à deux journées de formation pédagogique par semaine à l’Institut (ils maîtrisent le « savoir-savant » mais il leur manque l’aspect pratique des choses), ainsi que des séminaires, un tuteur dans l’établissement où ils sont affectés, des « visiteurs » qui viennent prendre des notes sur leur façon de faire classe et les corriger. Tout cela donnant lieu à la rédaction d’un mémoire et à différentes évaluations plus ou moins ludiques dont parfois celle d’un inspecteur (il se déplace d’office pour les agrégés, mais il faut que l’on doute vraiment d’un capétien pour qu’il l’honore de son jugement salomonique). L’IUFM est le grand système contre-productif de l’Education Nationale : seuls ses employés font mine d’en défendre l’intérêt et le débat sur sa réforme refonde leur légitimité. En ce moment, ils réfléchissent au bien-fondé de l’intégration à l’université pour justifier « Universitaire » dans le sigle et pour d’autres raisons d’Etat et de diplômes, à celui de l’obligation d’un stage professionnel de trois semaines pour que les profs aient tous au moins une fois vu ce que c’était qu’un patron pas content et à tout. Les professeurs, des années après leur intronisation, rient encore de ce qu’ils y ont subi. L’IUFM, c’est le Janus théorie et pratique ; l’Education est ainsi bien nommée « fille aînée de la République ». D’abord, les formateurs sont des gens qui en ont eu marre d’être profs, totalement ou en partie. Ils ont souhaité gagner plus en travaillant moins et revendent la foi professorale dont ils se sont débarrassés. Les idées de 35 heures de présence obligatoire à l’école qui rôdent leur donnent des fantasmes d’émigration dans le privé… Ensuite, alors qu’ils sont censés, statistiquement, être des syndiqués de gauche, ils ont tous l’air de cathos de droite, foulards Hermès ou genre, serre-têtes et serre-fesses, mallette en cuir pas du tout usée. A l’IUFM, on peut se retrouver à quatre pattes un lundi à 8 h 30 sur la moquette grise d’une salle préfabriquée à faire des mimes destinées à tester notre sociabilité, jouer à la balle, apprendre à « questionner le questionnement ». Des ateliers nous montrent comment ne pas frapper sur nos élèves et ne pas se laisser frapper par eux, vidéos à l’appui. J’ai personnellement beaucoup tapoté sur la tête des miens, il m’a suffi de sourire d’un air complice à chaque fois qu’une victime se retournait avec un début de « AÏEEEE! » pour qu’elle ne porte pas plainte, croyant à de l’affection. Des intellectuels Rive Gauche animent des  séminaires intitulés « Connaître le jeune de banlieue » avec des diapositives de jeunes à capuche afin d’identifier leur sémantique vestimentaire. Des professeurs viennent rendre témoignage de ce qu’ils ont vécu afin de transmettre les secrets de la métacognition, ou comment « descendre de bicyclette pour se regarder pédaler », particulièrement nécessaire dans le « traitement de la grande difficulté scolaire ». Ils écrivent des livres intitulés Pourvu qu’ils apprennent, Pourvu qu’ils écoutent. Une formation d’informatique est aussi mise en place… Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE). Que dire ? A l’heure où les jeunes organisent des WIFI picnic dans les parcs, l’IUFM explique ce qu’est un moteur de recherche sur des ordinateurs achetés en gros il y a dix ans à une multinationale indienne en faillite et vante le mérite de i-profs.com. Il est obligatoire d’assister aux cours bien sûr, et de participer, ce qui est assez facile : une question telle que « faut-il souligner en rouge les titres au tableau » et nous voilà partis pour trois heures de débats enflammés pendant lesquels on peut un peu dormir : les formateurs sont toujours deux, vous êtes vingt en table ronde semi-ronflante, ils finissent par s’engueuler proprement entre eux, et c’est midi qui sonne ! Voilà comme on éduque au fonctionnariat passif ! Evidemment, dans ce grand bocal où l’élève s’appelle le « sujet-apprenant », son stylo, « l’émetteur-scripteur », son cahier, le « récepteur-scripteur » on perd en humanité. C’est qu’ils veulent à tout prix que vous rentriez dans la secte MAIF. J’en veux pour preuve cette phrase de proviseur venu nous parler des joies du métier : « Les profs se reproduisent entre eux ». Heureux de cette trouvaille et de l’effet sur l’auditoire, jamais démenti en dix ans.
Je rêvais d’épouser Gennifer, mais c’était pour avoir des points supplémentaires afin d’être muté à Paris. Les mariages blancs entre fonctionnaires ne sont pas traqués par la loi. Mais les autres, c’est horrible, tous ces profs qui se marient entre eux, c’est pourquoi ? Mêmes vacances, même statut, mêmes amis, même avenir et mêmes enfants profs aussi ? La sécurité érigée en mode de vie ? L’IUFM a pour mission de vous aider à « construire votre identité professionnelle ». En vérité, tout son but, tout le but de l’Education nationale, c’est de « déconstruire votre identité », surtout don’t think different. Corporate. Be sectaire, be not décalé, be angélisme. J’ai rien découvert moi, Niel’s.

3 juin, 2008. Actu littéraire.

Un commentaire

  1. Jean Luc Angrand a répondu :

    Excellent

    22 août, 2008 at 2:57 . Permalien.

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