61ème Palme d’Or : Un cas d’école ! PS : je vends mes droits audiovisuels.
Après des débuts gouvernementaux difficiles, la revalorisation du métier de l’enseignant est enfin en marche(s)… “Entre les murs”, un film sur l’école, à l’école, de Laurent Cantet, avec un scénariste, acteur, professeur (François Bégaudeau) qui a aussi écrit un livre homonyme à l’école sur l’école (”Entre les murs”, aux éditions Verticales), a remporté la Palme d’Or…
Scénaristes de séries ou d’ailleurs, dépêchez-vous, les droits audiovisuels de Profs Academy n’ont pas encore été achetés !
En attendant, voici un extrait où j’explique pourquoi le professeur et l’école sont un bon filon de (docu-)fiction à la portée de tous :
MON PROF, CE HÉROS
Les profs et les élèves (jeunes en situation de classe) forment un bon filon pour la fiction. L’une des séries qui a cartonné ces dernières années est « Boston Public » de David E. Kelley, également producteur et scénariste d’Ally MacBeal. Une dizaine de profs (et non leurs élèves, même s’ils sont présents) sont les héros de ce feuilleton ancré dans le lycée public Winslow à Boston, ce qui permet en même temps d’aborder tous les phénomènes de société. Le slogan de « Boston Public » : « Si vous pensiez qu’être un élève était dur, essayez donc d’être prof ! ».
Voyons pourquoi le prof est un héros idéal, de la scène de classe comme support d’intrigue à la série du prof comme support de lui-même en passant par les séries « vie scolaire » et en finissant sur le prof star de ciné.==> Splendeur et misères des Scènes de classes : Ce sont les scènes qui se passent à l’école ou lieu assimilé dans des séries autres que scolaires. Elles donnent l’impression au public des parents d’en savoir un peu plus sur leurs enfants (elles leur ouvrent le lieu interdit), et au public des élèves de comprendre ce qui les sépare ou les rapproche de leurs camarades. Elles ajoutent un « effet de réel » à l’histoire. On ne compte pas les épisodes de La Petite maison dans la Prairie où Laura Ingalls, Albert, Nelly et les autres ont un petit souci à l’école qui va devenir le plot de l’épisode. Plus près de nous, (enfin, ça dépend qui est « nous »), il y a les Premiers baisers, Malcolm, Smallville, Buffy contre les Vampires (avec des questions de jeu-concours type « pourquoi Buffy a-t-elle été renvoyée de son précédent lycée? »…) Il y a toujours un épisode, toutes séries teenagers confondues, de création du journal de l’école.
En reality show, l’extension du phénomène « scènes de classe »se trouve dans tous les shows où des élèves sont formés et notés pour devenir quelque chose : Star Ac, Pop Stars. Aux Etats-Unis un real, se prépare avec des candidats au suicide dont on va noter la motivation. Et qui c’est qui est toujours le premier à vouloir se suicider ? L’adolescent bien sûr !==> Séries Vie scolaire : Ce sont les séries plus précisément axées sur la vie de l’écolier et des autres acteurs de la vie scolaire, comme Madame la Proviseure sur France 2. Il faut savoir que cette série s’est d’abord appelée Madame le Proviseur. Je ne sais si l’Académie française a accepté cette féminisation, en tout cas les chats sur la série raffolent du débat. Le rôle-titre d’abord joué par Charlotte de Turkheim, cette série a enchaîné plus de dix ans d’épisodes sensationnels de la vie d’un lycée banal. Les profs et les élèves regardent la série comme les médecins et les malades regardent Urgence, traquant la véracité des faits. L’ensemble est probant, on est loin de la vie d’étudiants d’Hélène et les garçons où on ne voit de « Paris 14 » que les chambres du campus et la « Cafét », où les filles sortent de cours avec des sacs trop petits pour y mettre des cahiers au-dessus du rouge à lèvres. L’année prochaine risque de sortir une sitcom intitulée H4 (sans doute pour signifier « Henri IV » (le lycée parisien) et… sa cour). Cette série risque de raviver les aigreurs de banlieue, car on y verra des jeunes nantis de supers apparts dans le 17ème à 17 ans et qui se demandent quelle coupe de cheveux adopter pour la fête de Charles tout en se roulant des pelles sur le Pont des Arts entre deux shoppings. A l’étranger, il existe aussi des séries « vie scolaire ». Patrick Besson en raconte une, dans une chronique du Fig Mag, la série « A nous la vie, sitcom burkinabé sur TV5 Monde, c’est mieux que « Plus belle la vie ». A Ouagadougou, une salle de classe où les élèves polémiquent sur le rôle de la Banque mondiale et du FMI en Afrique. Les jeunes filles s’appellent, à la sortie du cours, « ma chère ». La directrice, sur une plainte des parents, interdit la mixité dans les chambres. Commentaire d’un élève : « C’est une insulte à l’amitié entre les hommes et les femmes. » Autre déclaration : « Pour mener une action cohérente, il faut arriver avec des arguments solides » ». Au Japon, là où les écolières excitent tout le monde sans complexe, ces séries pleuvent, surtout version mangas. La plus célèbre du genre ; GTO, soit Great Teacher Onizuka. Ancien voyou et chef de gang, Onizuka décide d’étre prof (ben voyons !) pour se faire des collégiennes (Ah!). Mais son sens de l’honneur et de la justice, ajouté à sa lubricité, fera bien des épisodes.
En reality show, l’extension du phénomène se trouve dans Le Pensionnat de Chavagnes « docu-réalité » ralliant parents et enfants entre du faux années 50 et du vrai 2004, année du succès où des fillettes en collerette sont des beurettes en baskets.==> Profs en série : En France, L’Instit crée et résume le genre (Laurence Buccolini a décidé de jouer l’institutrice Madame Joubert). C’est une série télévisée franco-suisse créée par Didier Cohen, Pierre Grimblat et François Luciani et diffusée depuis le 17 février 1993 sur France 2. Victor Novak, ancien juge pour enfants, est devenu instituteur tardivement (comme pas mal de profs dont nous de la profs académy). Effectuant des remplacements à travers toute la France (TZR à vie), il se trouve, dans chaque épisode, confronté à un problème mettant en scène des enfants, problème qu’il résoud avec la passion et le sens de la justice qui l’animent. Grâce à ça, Gérard Klein a chopé plein de sept d’or de « meilleur comédien de série » et animé des émissions éducatives sur les ondes publiques.
Extrait des intentions de la prod, sur la « proximité affective » que constitue Vic Novak, ou tout autre personnage de prof même sans moto avec son public :
« Pourquoi un héros instituteur ? C’est un personnage social qui vit dans la cité, en proximité avec les autres. Il les écoute. Il connaît leurs problèmes de vie. Parfois il les conseille à l’occasion d’une rencontre sur le seuil de la classe. Sa mission est pédagogique, certes, mais je sais que cette mission se double d’une dimension essentiellement humaine. Notre but est que lorsqu’il s’adresse aux élèves de sa classe, le message qu’il transmet trouve un écho amplifié chez le téléspectateur adulte, assis devant son poste. Chaque film dure le temps d’un remplacement. Les thèmes sont innombrables et ouvrent le champ à une extrême diversité de conflits et de drames humains. Enfants battus, pré-délinquance, drogue et racket, racisme, exclusion d’enfants marginaux (depuis les enfants de forains aux enfants malades ou handicapés), et même enfants surdoués, donc différents, donc inadaptés (…) »
En reality show, l’extension du phénomène se trouve dans… les émissions éducatives animées par l’Instit sur France 5.==> Profs en movie :
Vic Novak n’est pas le mari de Kim Novak et pourtant… Il y a six types de rôles de profs qui cartonnent à l’écran.
1/ Le prof amoureux de son élève (voir Niels et Rébecca pour les références). Parce que le trouble a traversé tout prof et tout élève qui, devenu grand et cinéaste, s’en est souvenu. C’est incestueux. Dérives pédophiles dans la vie réelle. Bruno, prof de français à Dijon dans les Particules élémentaires, trouve in situ de quoi sur-alimenter son érotomanie.
2/ Le prof vieux garçon, la prof vieille fille.
Véritable ressort comique de la comédie américaine (Lubitsch, Capra…) d’avant-guerre et de presque tous les films où les élèves font les 400 coups à leur professeur. Version garçon, il a ses petites habitudes et vit par procuration (comme dans Le Dîner d’Ettore Scola). Version fille, il arrive souvent que la vieille fille sévère à lunettes triple écaille se transforme en bombe sexuelle à la suite de l’acceptation d’une passion amoureuse. Transfiguration à la Wonder Woman dès les premières chaleurs. Le célibat du professeur fut une obligation professionnelle à divers moment de l’histoire de l’enseignement. Origine du mythe : un métier où on se missionne, où on n’a pas de place pour la gaudriole organisée. Les premiers enseignants étaient souvent des curés et l’on a trouvé ça bien, version laïque, qu’ils gardent quelque chose du curé. Mais bizarre.
3/ Le prof qui fait la Résistance. Pendant World War 2, on empêchait les profs et les élèves juifs de rester à l’école de la République. Il y a eu des profs qui ont dénoncé leurs collègues, il y a eu des profs qui ont livré leurs élèves. Liberté, égalité, fratricide. Il y a aussi eu des profs qui les ont protégés. Au revoir les enfants de Louis Malle résume l’ambiance. En préparation : le film inspiré de la réalité où les profs protègent des enfants sans papiers de l’expulsion envisagée par les lois sarkoziennes à la sortie de l’année scolaire mais si possible avant.
4/ Le prof qui fait de la résistance.
C’est un prof qui se bat contre le conformisme. L’institutrice qui fait accepter le Garçon aux cheveux verts (Joseph Losey) à ses camarades, la prof de français qui s’échine à faire du Marivaux dans la cité de l’Esquive (l’héroïne-élève, Sara Forestier, joue l’ado bourge du 16ème dans Hell après). Il s’attire souvent la foudre ou l’envie de sa hiérarchie et de ses collègues. Le Cercle des poètes disparus (Peter Weir) fut un tel succès que les élèves continuent à graffitter Carpe diem sur les tables. Un éminent professeur de la Sorbonne, Pierre Brunel, passe le film à ses élèves de première année, espérant qu’ils fassent un rapprochement adéquat sous prétexte pédagogique de prolongement de l’étude de son cours magistral en littérature comparée sur le baroque dans le Songe d’une nuit d’été. Plus américanisé encore, il y a History Boys, ou le Sourire de Mona Lisa (Mike Newel) : Julia Roberts, (qui voulait être prof dans sa première jeunesse), incarne une prof d’histoire de l’art un peu trop libre dans un institut de filles où le seul rêve est le mariage et la cuisine équipée
5/ Le prof en dépression (ou le prof qui fait rire).
Profs en 1985 (Patrick Schulmann), le grand classique français du genre. Un jeune professeur de Français, Patrick Bruel, est affecté dans un nouveau lycée où il secoue des enseignants plus âgés qui y travaillent et dépriment. Patrick Bruel n’est pas dans tous les films de profs.
6/ Le prof qui fait prof.
Dans tous les autres cas où ce n’est pas trop Le maître qui laissait les enfants rêver (téléfilm de France 3).
Si le prof est un personnage qui marche dans les films, dans les livres et dans les médias, c’est qu’il représente the hero next door qui se la prend en plus, celui que l’on a côtoyé et que l’on côtoiera toujours. Toujours !
©Iman Bassalah/ Profs Academy/ 2007
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